L'Ordre des Chartreux

La Prière du cœur

Tu m'as demandé de te parler de la Prière du Cœur. Déjà, voici quelques années, la question m'avait été posée, mais j'avais répondu que je ne voulais pas me lancer à parler d'un sujet que je ne connaissais pas suffisamment. Depuis lors, le temps a passé. Une petite expérience est venue, soit de ce que j'ai pu constater chez les autres, soit des découvertes que j'ai pu faire dans ma propre recherche du Seigneur. Je vais donc te confier ici quelques réflexions, mais en te priant de ne pas leur attacher trop d'importance.

Tu sais que la Prière du Cœur est le fruit d'une très longue expérience dans la spiritualité de l'Église Orientale. Ce que je vais dire a certainement des points communs avec cette tradition, mais je me rends bien compte de la manière trop personnelle dont je le fais. Ce dont je vais te parler n'est peut-être pas la vraie Prière du Cœur.

Mon intention n'est pas de dessiner un cadre rigide, une structure stable. C'est plutôt une direction que je voudrais indiquer, un chemin sur lequel il faut s'engager, mais dont on ne peut prévoir d'avance exactement où il va aboutir. La Prière du Cœur n'est pas un but à atteindre. Elle est une manière d'être, une manière de se mettre à l'écoute et d'avancer.

Pour commencer, avant de me lire, si tu veux bien mets-toi en prière et demande à l'Esprit du Seigneur de nous éclairer l'un et l'autre, car je n'ai pas d'autre désir que de l'aider à illuminer nos cœurs.

Abba, que ton Nom soit sanctifié.

Lorsque je me mets à prier, je ne m'adresse pas au Dieu des philosophes, ni même, en un certain sens, au Dieu des théologiens. Je m'adresse à mon Père, ou plutôt à notre Père. Plus exactement encore, je m'adresse à Celui que Jésus appelait, en toute intimité: Abba. Le Seigneur, lorsque les disciples Lui demandent de leur apprendre à prier, dit simplement : « Lorsque vous priez, vous direz : Abba… »

Appeler ainsi Dieu, c'est avoir la certitude que nous sommes aimés. Une certitude qui n'est pas de l'ordre des idées très savantes, mais qui est de l'ordre de la conviction intime. Une certitude — la Foi — à laquelle nous sommes parvenus, avons-nous l'impression, au terme d'un certain nombre de réflexions, de méditations, d'écoutes intérieures ; mais, finalement, cette certitude est un don. Nous croyons à l'amour dans notre cœur, parce que c'est le Père Lui-même qui nous a envoyé son Esprit, car, désormais, son Fils est glorifié.

C'est parce que le Père m'aime que je puis m'adresser à Lui en toute sécurité et confiance. Je ne viens pas appuyé sur mes mérites, sur de bonnes raisons, mais je viens confiant dans la tendresse infinie de l'Abba de Jésus pour son Fils, qui est également mon Abba.

Il est Père. Qu'est-ce que cela veut dire ? Il donne la Vie. Il la donne non pas comme un objet différent de Lui-même qu'Il offrirait. Il la donne en se donnant Lui-même. Le seul don qu'Il puisse faire est sa propre Personne, et ce qui résulte de ce don, c'est un Fils. Un Fils qui L'aime sans mesure. Un Fils pour lequel Il n'a que tendresse et qui, en retour, n'est que tendresse pour son Père.

Voilà l'Abba à qui je m'adresse. L'Unique qui peut me donner la Vie, une Vie parfaitement calquée sur la sienne : Il me veut, à l'instant présent, à son Image et Ressemblance, non pas en raison d'une sorte de placage extérieur à moi-même, mais parce qu'Il m'engendre à partir de sa propre subsistance.

Voilà ce que je veux dire lorsque je Lui demande : « Abba, que ton Nom soit sanctifié ». Que Tu sois parfaitement Toi-même, Abba, en moi. Que ton Nom de Père se réalise parfaitement dans la relation qui se construit entre nous. Abba, je Te demande d'être mon Père, de m'engendrer à ton Image et Ressemblance, par pur Amour, afin que, en retour, je puisse devenir, par pure gratuité de ta part, une tendresse « vers Toi ».

La Prière du Cœur consiste simplement à trouver le chemin qui me permettra d'avoir à l'égard du Père cette attitude grâce à laquelle Il pourra Lui-même sanctifier son Nom en moi. En moi et en tous ses fils. En son unique Fils, composé de l'Unique et de tous ses frères.

Prier, c'est accueillir le Père et participer à cette Vie qu'Il nous donne par grâce. Accueillir le Père, c'est-à-dire Lui permettre d'engendrer le Fils, de faire naître son Royaume en mon cœur. Ainsi, l'Esprit pourra-t-il produire entre moi et le Père des liens indestructibles, liens d'unité qui vont s'étendre à tous mes frères.

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Voir avec le cœur.

Quel chemin allons-nous prendre pour aboutir à cette rencontre du Père à laquelle nous aspirons ? Quelle faculté a-t-il mise à notre disposition pour cela ? Est-ce l'intelligence, la capacité de connaître et de raisonner ? Écoutons la réponse de Jésus : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (Mt 11.25-26). Voilà qui paraît étonnant : le chemin est fermé aux intelligents, à ceux qui savent penser et calculer. Ce n'est pas à eux que Dieu a réservé de révéler ses secrets.

Dieu ne nous a-t-il pourtant pas donné notre tête, notre capacité de penser, de nous représenter les choses, de les imaginer, comme un moyen d'entrer en contact avec les autres ?

C'est vrai, ces facultés nous ont été données par Dieu. Elles sont bonnes. Elles sont indispensables. Ne les méprisons pas. Ne les sous-estimons pas. Mais sachons, cependant, reconnaître leurs limites.

Lorsque je pense à un problème — disons plus précisément à une personne très proche — avec ma tête, et non avec mon cœur, je la maintiens à distance de moi. Je la saisis, je la manipule, de manière à pouvoir l'analyser tout à mon gré, sans me compromettre avec elle. Au fond, je ne m'engage pas ; je garde mes distances ; je conserve ma sécurité par rapport à cette personne. Je fais tout ce que je peux ainsi pour la connaître sans me laisser "entraîner, contaminer" par le dynamisme qui peut émaner du cœur de cette personne. Je veux rester libre par rapport à elle. Dans certains cas, cette méthode de faire est peut-être bonne. Si je veux aimer, ce n'est certainement pas la voie qu'il faut suivre.

Jésus continue son enseignement : « Tout m'a été remis par mon Père et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler » (Mt 11.27). « Tout m'a été remis par mon Père » : cela veut dire précisément qu'entre le Père et le Fils toutes les distances ont été abolies. Aucun des deux n'a cherché à conserver sa sécurité par rapport à l'autre. Ils ont accepté de s'engager réciproquement. Et ainsi peuvent-ils se connaître mutuellement de cette connaissance d'amour qui est présentée comme un mystère auquel seuls peuvent participer les initiés : « Nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils ». Nul ne connaît, parce que nul n'ouvre son cœur. Et si nous voulons connaître le Père, il faut accepter de recevoir cette connaissance du Fils, dans la mesure où Il voit que notre cœur est prêt à l'accueillir.

Pour vraiment connaître Dieu, il faut donc renoncer à mes sécurités. Je dois éliminer les distances que la pensée et toutes les représentations me permettaient de garder par rapport à Lui. Je dois reconnaître que je suis vulnérable. Cette vulnérabilité que je cachais si bien, il me faut l'accepter en pleine lumière, la vivre, c'est-à-dire laisser s'exprimer les réactions vraies de mon cœur. À partir de ce moment-là, il me sera possible d'entrer en relation avec le Père et le Fils… et avec tous mes frères humains.

Cela veut dire, dans la réalité concrète, que je dois accepter de me placer au niveau de mon cœur. Je dois lui donner le droit d'exister, de se manifester, de s'exprimer selon le mode qui lui est propre, c'est-à-dire à travers des sentiments profonds : la confiance, la joie, l'enthousiasme, mais également la peur, parfois l'angoisse, la colère. Cela ne veut pas dire vivre au niveau de la sensibilité superficielle. Cela veut dire, au contraire, accepter que se développent en nous ces mouvements profonds qui nous entraînent à rencontrer, en toute vérité, l'autre. Voilà ce que c'est que d'être "un tout-petit" : celui qui en toute spontanéité s'exprime et se laisse prendre par l'amour de celui qui est devant lui. Comme il nous est difficile d'avoir le courage d'être tout-petits !

Ces réflexions se situent autant dans la ligne de l'Évangile que dans celle d'un processus psychologique normal. Les deux niveaux sont évidemment distincts, mais ils se complètent et se compénètrent. Il nous faut arriver à tout atteindre à travers le regard d'amour porté par Jésus sur les créatures et même sur les personnes divines. Voilà ce que j'appelle "voir avec le cœur" : accepter que le Fils me révèle le Père au seul niveau où je suis capable d'assumer cette révélation, c'est-à-dire au niveau où, selon mon être humain, il y a en moi une image de la relation d'intimité qui existe entre le Père et le Fils, dans mon cœur.

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La purification du cœur purification de tout l'être par le cœur.

Il n'est pas besoin d'avoir une longue expérience de l'existence humaine, et plus encore de la vie spirituelle, pour savoir que nous sommes prisonniers d'un monde presque illimité de désordre : péchés, déséquilibres affectifs, blessures non cicatrisées, habitudes malsaines, etc. Tout cela constitue des impuretés de notre cœur.

Tout à l'heure, nous notions que le langage de notre cœur se situe au niveau des émotions. Tous les désordres que je viens d'évoquer aboutissent à des émotions déréglées : elles s'expriment presque à notre insu ; elles nous commandent ; elles nous déchirent ; elles nous ferment à Dieu ; elles nous lient à une sorte d'automatisme du mal. Et tout cela vient de notre cœur ! « Ce qui sort de la bouche procède du cœur et c'est cela qui souille l'homme. Du cœur, en effet, procèdent mauvais desseins, meurtres… Voilà les choses qui souillent l'homme » (Mt 15.18-20). Si je veux écarter la souillure de mon être, je dois d'abord purifier mon cœur.

Face à ce besoin urgent de rectification, on a normalement recours à ce que l'on peut appeler "l'ascèse classique". C'est une technique éprouvée, mise au point par de longues générations de moines, de chrétiens, d'hommes de bonne volonté, décidés à se libérer de l'esclavage dont ils sont prisonniers. C'est un agir qui fait appel à toutes les ressources de notre volonté, de notre énergie et de notre persévérance, dans la lumière de la foi et de l'amour. Cette ascèse a ses mérites et l'on ne doit jamais cesser d'y recourir. Mais elle a aussi ses limites.

En particulier, en ce qui concerne l'authentique purification du cœur, il faut aller au-delà de ces techniques humaines. Relisons, à ce propos, les invitations de Saint Bruno à son ami Raoul : « Que faire alors, ô très aimé ? Que faire sinon croire aux conseils divins, croire à la Vérité qui ne sait tromper ? Elle donne, en effet, cet avis à tout le monde : Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai " (Mt 11.28). N'est-ce pas une peine affreuse et inutile d'être tourmenté par ses désirs, de sans cesse se meurtrir aux soucis et aux angoisses, à la crainte et à la douleur qu'engendrent ces désirs ? Quel fardeau plus lourd que celui dont le poids abaisse l'esprit du fait de sa sublime dignité vers les bas-fonds, en pure injustice ? » (À Raoul 9). Il y a donc une forme de purification où, avant tout autre chose, il faut se tourner vers Jésus, venir à Lui, afin de recevoir de Lui le soulagement. Il nous adresse cette invitation précisément après nous avoir demandé de renoncer à être sages et intelligents, pour devenir tout-petits. Entrer dans la voie du cœur, c'est reconnaître que la seule pureté vraie est un don de Jésus.

« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes. » (Mt 11.29) La purification fondamentale se produit à partir du moment où toutes les souillures, tous les désordres dont je suis affligé viennent à la rencontre de Jésus. Ce n'est pas une tâche plus aisée que l'ascèse classique, mais elle est plus efficace, car elle nous oblige à nous établir dans la vérité : la vérité de nous-mêmes, qui sommes obligés d'ouvrir les yeux sur la réalité de notre péché ; la vérité sur Jésus, qui est vraiment le Sauveur de nos âmes, non seulement d'une manière générale et lointaine, mais au niveau d'un contact immédiat et concret avec chacune des souillures dont nous sommes affligés. Il faut donc que j'apprenne à Lui offrir, Lui remettre sans retour, soit sous le jeu des circonstances, soit par un mouvement profond de mon cœur qui veut enfin retrouver sa vraie liberté.

Chaque fois, donc, que je constate en moi l'un de ces liens qui me paralysent, le plus important n'est pas de partir en guerre contre cette servitude, car, dans la plupart des cas, je me contenterai de couper les branches sans atteindre les racines. Le plus important est de mettre à nu ces racines, de les faire venir à la lumière, aussi laides soient-elles, aussi désagréables soient-elles à constater. Il s'agit précisément de les assumer dans leur réalité et de pouvoir, d'un geste libre et conscient, les offrir au Sauveur. Dans de telles perspectives; l'invocation classique : « Jésus, Fils du Dieu vivant, prends pitié de moi pécheur » ne court aucun risque d'être une répétition vaine. Elle est la constatation indéfiniment renouvelée qu'une rencontre nouvelle va avoir lieu entre le Cœur purifiant de Jésus et mon cœur souillé.

Il est évident qu'il y a, dans ce processus, un élément de pure psychologie humaine, mais en quoi cela serait-il choquant ? L'œuvre de la grâce ne se modèle-t-elle pas toujours sur les structures de la nature ? Celle-ci devient, dans le cas présent, le support de la Rédemption, qui vient opérer en mon cœur la transformation, la cicatrisation des blessures par la rencontre personnelle avec Jésus ressuscité. On prend ainsi progressivement l'habitude de revenir à Lui indéfiniment, surtout à partir de tout ce qui, en nous, est obscur, ténébreux, inquiétant.

C'est une attitude du cœur qui fait peur au début. Il nous a été trop souvent appris que l'on ne pouvait offrir au Seigneur que de bonnes choses, de belles, choses. Tout ce qui n'est pas acte de vertu ne peut pas Lui être présente. N'est-ce pas aller à contresens de la vérité de l'Évangile que de dire cela ? Jésus Lui-même affirme qu'Il n'est pas venu pour les bien portants mais pour les malades. Il faut donc, sans fausse honte, apprendre à être devant le médecin divin d'authentiques malades qui reconnaissent loyalement tout ce qui, en eux, est vraiment faux, menteur, opposé à Dieu. Lui seul peut nous guérir.

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Mon corps lieu de la rencontre avec le Verbe Temple de l'Esprit.

On voudrait souvent se contenter de prendre la formule "Prière du Cœur de manière symbolique. Parler du cœur serait une manière imagée d'évoquer une réalité intérieure, donc spirituelle. Ce n'est pas exact. Tous les mouvements du cœur qui sont le support de notre relation au Père sont des mouvements liés à notre être sensible, matériel. Nous savons d'expérience – parfois même un peu au prix de notre santé – que les émotions vraiment profondes atteignent notre cœur physique. Entrer dans la prière du cœur est impossible si nous n'acceptons pas de vivre de manière vraiment consciente et résolue au niveau de notre corps.

Dieu nous a ainsi faits. Le récit de la Genèse nous montre en même temps Yahvé modelant l'homme à partir de la boue du sol et affirmant, avec grande assurance, que cet être matériel est vraiment à son Image et Ressemblance. Notre corps n'est pas un obstacle dans notre relation à Dieu. Il est, au contraire, l'œuvre même de Dieu qui nous a constitués nous-mêmes, comme des fils, appelés à Le recevoir Lui-même en héritage.

Toute l'économie de l'incarnation du Fils de Dieu nous place dans les mêmes perspectives. L'Église des premiers siècles s'est battue avec acharnement pour défendre cette réalité que Jésus est vraiment un homme. C'est dans la chair qu'Il est né, qu'Il a vécu, qu'Il nous a enseignés, qu'Il a souffert, qu'Il est mort et qu'Il est ressuscité.

Ce sont les œuvres humaines du Verbe de Dieu qui nous ont donnés et que continuent, chaque jour, de nous donner la Vie. La Parole de Dieu vient à nous avec des mots humains. Notre péché n'est pas purifié de manière symbolique, mais par l'effusion du sang, jaillissant du Corps de Jésus. Il est vraiment mort et ressuscité dans sa chair. C'est cette résurrection matérielle qui sauve aussi bien nos âmes que nos corps.

L'Esprit enfin ne nous a été donné qu'à partir de la résurrection corporelle du Fils. C'est Lui, le Fils de Marie, qui nous envoie l'Esprit du sein du Père. Ce n'est pas le Verbe incréé, mais le Verbe incarné, après qu'Il ait partagé notre existence et qu'Il soit devenu l'un des nôtres.

Nous faisons l'expérience de cette incarnation chaque jour par les Sacrements, la Liturgie, la vie de communauté, l'appartenance au Corps de l'Église. Tout cela est le fondement immédiat, la présence dans nos vies de la réalité corporelle du Christ. Sachons donc accueillir Jésus tel qu'Il vient à nous, c'est-à-dire s'adressant à nous dans notre corps. Ne nous hâtons pas de nous débarrasser rapidement de cet intermédiaire, que nous aurions tendance à considérer un peu comme une impureté dans nos relations à Dieu. Ce n'est pas vrai : ce n'est pas une impureté, c'est le lieu même de la rencontre avec notre Abba.

De même qu'il nous est impossible d'imaginer la vie de communauté comme si nos frères étaient des êtres désincarnés, purs esprits, qu'il nous faudrait atteindre au-delà de leurs enveloppes charnelles, de même ce serait un refus de la réalité de l'Amour de Dieu de vouloir faire abstraction de la réalité charnelle, matérielle, pesante du Fils qui vient à nous. L'Eucharistie, que nous célébrons chaque jour, est vraiment la célébration d'un acte qui a entraîné, dans son Corps et dans son Sang, des transformations profondes, non pas en les délaissant, en les dépassant, mais en leur donnant leur pleine signification : ils sont une réalité matérielle qui est le Fils de Dieu. De la même manière, notre corps, avec toutes ses pesanteurs, ses limites, ses contraintes, est la réalité de ce que nous sommes. C'est mon corps qui entre en contact avec cette autre réalité dont Jésus a dit : « Ceci est mon Corps » C'est la rencontre de ces deux réalités corporelles qui établit le contact de Vie entre Dieu et moi. « Si vous ne mangez pas mon Corps et si vous ne buvez pas mon Sang, vous n'aurez pas la vie en vous… De même que le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vit par moi » (Jn 6.57).

La conséquence de cet état de choses est que je ne puis prier sans prier dans mon corps. Je ne puis faire abstraction de ma réalité incarnée lorsque je me tourne vers Dieu. Ce n'est pas une simple question de discipline religieuse si certains gestes sont imposés, si des conditions matérielles me contraignent lorsqu'il faut me tourner vers Dieu. Cela correspond à l'unique réalité : Dieu m'aime, tel qu'Il m'a fait. Pourquoi voudrai-je être plus spirituel que Lui ?

J'apprends donc à vivre au niveau de mon corps, de toutes les contraintes qu'il m'impose. La nourriture, le sommeil, la détente, la maladie, les limites de mes forces… Tout cela ne constitue pas des obstacles entre Dieu et moi ; cela constitue, au contraire, la trame du tissu qui établit une continuité sans faille entre le plus intime de la réalité divine et le plus concret de mon existence quotidienne. Qui de nous n'a pas fait cette expérience, parfois terriblement douloureuse, de se sentir limité, presque prisonnier, en raison, par exemple, de difficultés de santé ? Et, si notre cœur est loyal, nous ne pouvons dire qu'une chose : c'est Dieu qui vient à nous à travers ces contraintes douloureuses. Elles sont vraiment le point d'insertion de l'Amour de Dieu dans notre vie. Notre cœur accueille Dieu dans la mesure où il est attentif à cette réalité, que nous aimerions pouvoir considérer comme inférieure à notre vocation spirituelle. Prenons garde au mensonge permanent que le prince du mensonge cherche ainsi à distiller dans nos cœurs. Ne jouons pas aux purs esprits ; sachons être beaucoup mieux : nous sommes les enfants de Dieu.

L'Esprit Lui-même prie en moi.

Nous parlons de prier. Mais savons-nous prier ? Est-ce que je sais même en quoi consiste la vraie prière ? Honnêtement, je dois avouer que je ne le sais pas. Je sens en moi un appel profond dans une direction, mais je suis dans les ténèbres.

Heureusement, « l'Esprit vient au secours de notre faiblesse : car nous ne savons que demander pour prier comme il faut ; mais l'Esprit Lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l'Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu » (Rm 8.26-27).

La prière est dans mon cœur. Elle jaillit de mon cœur. Et pourtant, elle n'est pas mon œuvre à moi tout seul. L'Esprit m'a été donné ; Il est répandu en mon cœur, et c'est Lui qui prie en moi. L'Esprit vient du cœur de Dieu, désireux d'allumer en mon propre cœur la même flamme que dans le sien.

Nous connaissons tous les passages de Saint Paul qui nous répètent cela, mais n'avons-nous pas trop tendance à les considérer de manière purement théorique, ou, pour nous exprimer de manière plus noble, comme des "réalités de foi", c'est-à-dire des choses dont on parle avec conviction, mais on ne les vit que dans une obscurité totale. Cette présence de l'Esprit dans mon cœur serait une chose qui se situerait uniquement au niveau de Dieu et à laquelle je ne pourrais communier qu'à travers des formules intellectuelles. La réalité elle-même échapperait totalement à mon expérience. Est-ce cela vraiment que veut dire Saint Paul ?

Frauderait-il, en réaction contre ce que cette attitude a d'excessif, exiger que toute existence chrétienne authentique soit une expérience de l'Esprit, à la manière des Apôtres recevant les langues de feu, le matin de la Pentecôte ? Cela n'a jamais été l'enseignement de l'Église. Mais, entre les deux extrêmes, se situe une attitude vraie, accessible à tous les chrétiens, où la présence de l'Esprit dans nos vies est une réalité qui a une influence directe sur notre manière d'être, sur nos relations d'amour avec nos frères, sur notre prière.

Si nous reprenons les différentes étapes dont nous avons parlé, nous constatons une progression. Renoncer à considérer le centre de notre activité de prière au niveau de la tête, des représentations, des systèmes de penser. Entrer dans notre cœur. Y découvrir tout un monde désordonné d'émotions et de blessures, qui émanent de notre cœur, et qui ont besoin d'être purifiées. Nous avons découvert qu'il y avait une possibilité effective d'intégrer toutes ses blessures de notre cœur dans le mouvement de la Rédemption, en les faisant venir à la lumière, de manière à les offrir consciemment à l'action rédemptrice de Jésus.

Ainsi, sans même l'avoir dit, sommes-nous arrivés à parler déjà d'un mouvement de l'Esprit en nous. Si nous pouvons faire ce dont je viens de parler, c'est que, réellement, l'Esprit du Seigneur est à l'œuvre en nous, qui nous permet de démêler, dans le réseau complexe de nos émotions, ce que nous pouvons avec patience et persévérance offrir à la grâce de purification et de résurrection du Sauveur. Tout ce dont nous avons parlé est déjà une œuvre de l'Esprit.

Continuons alors dans la même ligne. Au-delà de tous ces mouvements désordonnés du cœur, surtout à partir du moment où l'œuvre de Jésus commence à rétablir l'ordre, nous reconnaissons des mouvements moins déréglés qui, progressivement, finissent même par être bien ordonnés ; et ainsi, sans que nous y prenions garde, le fond de notre cœur apprend à se mettre en branle spontanément vers le Seigneur. C'est seulement après coup, en regardant ce qui s'est passé, que nous constatons que, de fait, l'Esprit du Seigneur était discrètement, silencieusement, à l'œuvre au fond de notre cœur. Au fur et à mesure que la paix s'est établie dans les profondeurs, un certain dynamisme mystérieux se met en branle, auquel il nous faut apprendre à coopérer.

C'est ainsi que nous apprenons à assumer tous les mouvements de notre cœur, les bons, les moins bons et même les mauvais, pour les orienter vers Dieu. Les uns viennent directement du Père et retournent à Lui. Les autres ont besoin d'être transformés, assumés par la mort et la résurrection de Jésus. Tous demandent à être intégrés consciemment dans ce dynamisme de l'Esprit répandu en nos cœurs. Il s'agit d'apprendre à être éveillés aux mouvements de notre cœur, de manière à les unir volontairement et consciemment à l'action de l'Esprit Saint qui est en nous.

Tout ceci n'implique aucune "grâce mystique". Il s'agit seulement, dans la douceur et la simplicité, de prendre conscience que notre cœur est vivant et que cette vie, nous pouvons l'offrir à l'Esprit Saint pour qu'Il l'entraîne dans son mouvement vers le Père.

Saint Paul dit que l'Esprit demande en nous en des gémissements inexprimables. Ce dernier mot mérite que nous y prêtions attention. L'action normale de l'Esprit n'est pas de nous donner des idées claires, ni de nous donner des lumières, ni même de nous donner quoi que ce soit. L'action de l'Esprit est de nous entraîner vers le Père. « Tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont Fils de Dieu. Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un Esprit de fils adoptifs qui vous fait vous écrier : "Abba ! Père !" L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu » (Rm 8.14-15). L'Esprit est un témoin ; Il est un dynamisme qui nous entraîne. Ne cherchons surtout pas à Le cerner, à L'identifier, à Le saisir pour Le contrôler. Ce serait L'expulser de notre cœur ; ce serait L'éteindre. Laissons-Lui toute sa liberté pour prier en nous, de sa manière voilée, cachée et mystérieuse, que nous jugeons à ses fruits. Dans la mesure où nous constaterons que nous apprenons à prier, que – sans savoir pourquoi – nous sommes devenus capables de demander à Dieu et d'être exaucés, c'est un signe que, en dépit de toutes nos faiblesses évidentes, l'Esprit prie en nous.

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Ma faiblesse,
lieu de découverte et de rencontre de la tendresse du Père.

Reprenons ici certaines orientations majeures de ce que nous venons de dire. Reprenons-les et unifions-les, car elles représentent une attitude fondamentale de la prière du cœur.

Le réflexe spontané de tout être humain est d'avoir peur de ses faiblesses. À partir du moment où nous constatons que, sur un point ou sur un autre, nous ne pouvons compter sur nos propres forces, une inquiétude a tendance à s'établir en nous qui risque, parfois, de tourner à l'angoisse. Or, tout ce que nous avons dit jusqu'à présent nous conduit à perdre nos sécurités personnelles, en faisant apparaître ce que nous avons appelé notre vulnérabilité, nos désordres cachés, les limites de notre condition de créature, etc. Et, chaque fois, nous nous sommes dit : il n'y a qu'une solution, c'est reconnaître la réalité de ce que nous sommes et la faire prendre en charge par le Seigneur.

Rappelons-nous l'épisode de la tempête apaisée. Les Apôtres sont affolés par le mauvais temps qui secoue leur barque et ils vont réveiller Jésus. Celui-ci se tourne vers eux et leur demande, étonné : « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? » (Mt 8.26). Puis, d'un geste, Il apaise les flots.

Pourquoi alors avoir peur de mes faiblesses? Elles existent. Longtemps j'ai refusé de les regarder en face. Peu à peu, je me suis mis à les apprivoiser. Je suis bien obligé de reconnaître maintenant qu'elles font partie de moi-même. Elles ne sont pas un accident extérieur dont je pourrai un jour me débarrasser définitivement. Bien plus, si j'avais tendance à les oublier, le Père se chargerait vite de me les rappeler. Il permettra telle faute, devant laquelle je ne pourrai nier ma réalité de pécheur. Il laissera la santé me jouer des tours, tels que je devrais m'avouer vaincu et me livrer sans défense à l'amour du Père. Il me fera constater sans possibilité de doute combien mes facultés sont limitées.

Mais ce qui est nouveau est que, désormais, ces faiblesses, au lieu de représenter un danger, constituent pour moi une possibilité d'entrer en contact avec Dieu. C'est la raison pour laquelle je dois, peu à peu, me laisser apprivoiser par elles. Ne plus les considérer comme un côté inquiétant de ma personnalité, mais comme une dimension voulue ou acceptée par le Père ; non pas un pis-aller, mais une structure fondamentale de l'ordre de la Vie divine telle qu'elle m'est donnée. Lorsque je me trouverai soudain devant une fragilité que je n'avais pas encore découverte en moi, mon premier réflexe devra être désormais non plus de m'affoler, mais de me demander où le Père y est caché.

Comment alors ne pas se poser une question ? Cette transformation de la faiblesse, qui a toutes les apparences d'un échec, en une victoire de l'Amour est-elle une sorte de "rattrapage", par lequel Dieu transforme le mal en bien, ou au contraire, ne sommes-nous pas en présence d'une dimension fondamentale de l'ordre divin ?

Il y aurait beaucoup à dire en ce domaine. Contentons-nous de constater simplement que, même dans l'ordre naturel, tout amour authentique est une victoire de la faiblesse. Aimer ne consiste pas à dominer, à posséder, à s'imposer à celui que l'on aime. Aimer veut dire que l'on accueille sans défense l'autre qui vient à soi ; en revanche, on a la certitude d'être pleinement accueilli par le partenaire, sans être ni jugé, ni condamné, ni comparé. Il n'y a plus d'épreuves de force entre deux être qui s'aiment. Il y a une sorte d'intelligence mutuelle par l'intérieur, grâce à laquelle on ne peut plus avoir peur d'un danger quelconque qui viendrait de l'autre.

Cette expérience, même si elle demeure toujours imparfaite, est déjà bien convaincante. Et pourtant elle n'est qu'un reflet de la réalité divine. À partir du moment où nous commençons à croire vraiment, en notre cœur, à la tendresse infinie du Père, nous nous sentons en quelque sorte obligés de descendre de plus en plus dans une acceptation positive et joyeuse d'un non-avoir, d'un non-savoir, d'un non-pouvoir. Il n'y a là aucune auto-humiliation malsaine. Nous pénétrons simplement dans le monde de l'amour et de la confiance. Ainsi, presque sans nous en rendre compte, entrons-nous en communion avec la vie divine. Les relations du Père et du Fils dans l'Esprit sont, à un niveau qui dépasse totalement notre compréhension, une forme parfaite de cette faiblesse pleinement assumée dans la communion.

De manière plus proche de nous, cette tendresse intime du trois fois Saint se manifeste dans la relation du Fils incarné à son Père. Comment ne pas être frappé de la sérénité et de l'infinie sécurité avec laquelle Jésus déclare tranquillement qu'Il n'a rien à Lui, qu'Il ne peut rien faire de Lui-même, sinon ce qu'Il voit faire au Père ! Quel homme accepterait pareil dénuement ? Et pourtant n'est-ce pas dans cette direction que nous sommes obligés de nous engager si nous voulons réellement vivre dans les profondeurs de notre cœur, tel que le Père l'a créé et tel qu'Il le transfigure par la mort et la résurrection de son Fils ?

Marie nous oriente dans la même direction. Le Magnificat est d'un même élan un chant de triomphe et la reconnaissance d'un dénuement total. Les deux vont de pair. Dès le départ, elle a reconnu et accepté sa totale faiblesse : elle se trouve ainsi en état d'accueillir le Fils que lui donne le Père. Elle devient la Mère de Dieu parce que c'est elle qui est la plus proche de la pauvreté de Dieu.

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Entrer dans le silence.

À suivre le chemin dont je parle, il est normal que, progressivement, l'activité intellectuelle s'apaise durant le temps de prière ; de même dans la mesure où les émotions du cœur sont canalisées, toutes sortes de distractions ou de divagations perdent leur raison d'être. C'est dire que la Prière du cœur, d'un mouvement presque spontané, nous oriente vers le silence. Certains jours, l'expérience en est plus forte et il est inévitable que l'on se trouve exposé, si l'on peut dire, à la "tentation du silence".

Le silence est un bien qui exerce une séduction sur tous les cœurs, à partir du moment où ils en ont fait une certaine expérience savoureuse. Mais il y a beaucoup de formes de silence. Toutes ne sont pas bonnes. La majorité d'entre elles sont même des déformations plutôt qu'une authentique prière de silence.

La première tentation est de faire du silence un agir, même si l'on est persuadé intimement du contraire. Sous prétexte que l'intelligence est arrêtée, que le cœur paraît en repos, on s'imagine que l'on atteint un véritable silence de l'être. En réalité, ce silence, même s'il a une authenticité indiscutable, est le résultat d'une tension de la volonté qui, finalement, est le plus subtil, mais également le plus pernicieux, des agir. Au lieu d'avoir notre cœur en état de disponibilité, il nous maintient dans un état où nous nous imposons une attitude artificielle et où, finalement, nous n'offrons pas au Seigneur un accueil, parce que nous sommes appuyés sur nos propres forces. Dans le cas de personne qui ont une volonté énergique, cela peut représenter un obstacle majeur à une véritable disponibilité au Seigneur. Matériellement parlant, le silence est grand, mais c'est un silence replié sur lui-même, appuyé sur lui-même.

Une autre tentation consiste à vouloir faire du silence un but. On s'imagine que la raison d'être de la Prière du cœur, et même de toute existence contemplative, est le silence. On s'arrête à une réalité matérielle. On ne s'arrête pas à la Personne du Père, ou à celle de son Fils ou de l'Esprit.

C'est mon état qui compte et non la relation réelle d'amour et de disponibilité que j'ai à l'égard de Dieu. Ce n'est plus une prière, c'est une contemplation de moi-même.

Une tentation analogue à la précédente consiste à faire du silence une réalité en elle-même. Le silence se suffit. À partir du moment où tous les bruits des sens, de l'intelligence, de l'imagination ont été apaisés, une authentique jouissance s'établit en nous… et cela suffit. On ne cherche rien de plus. On refuse de chercher autre chose. Tout ce qui introduirait à nouveau une idée quelconque, même sur le Seigneur, même venant de Lui, ressemble à un obstacle. La seule réalité divine, à ce moment-là, est le silence. Il n'y a plus de prière. Il n'y a plus que la construction d'une idole qui s'appelle le silence.

Il n'empêche qu'un authentique silence est une réalité très importante, à laquelle il faut attacher grand prix. Mais si l'on veut entrer dans un silence authentique, il faut, du fond du cœur, renoncer au silence. Non pas le galvauder, non pas le sous-estimer, non pas renoncer à le chercher, mais éviter d'en faire un but.

Surtout, il faut éviter de croire que le vrai silence est le résultat de mon industrie personnelle. Je n'ai pas à construire le silence de toutes pièces, comme une œuvre qui se fabrique. On s'imagine trop souvent que le silence consiste uniquement à établir la paix dans les facultés intellectuelles, d'imagination, de sensibilité. C'est un aspect du silence, mais ce n'est pas tout le silence. Encore faut-il que notre cœur profond, dans la mesure où il s'identifie avec la volonté, soit lui-même en silence ; que tout désir autre que faire la Volonté du Père soit apaisé. C'est-à-dire que mon vouloir, au lieu d'être tendu pour s'imposer au reste de l'être humain, demeure lui-même pure disponibilité, écoute et accueil. Alors la possibilité commence d'exister, d'entre dans un authentique silence de tout l'être face à Dieu, un silence né de la conformité réelle de mon être profond au Père, dont il est l'Image et Ressemblance.

Dieu seul suffit : tout le reste est néant. L'authentique silence est la manifestation de cette réalité fondamentale de toute prière. Il y a vraiment silence dans le cœur à partir du moment où en ont disparu toutes les impuretés qui s'opposaient au Règne du Père. Le vrai silence ne s'établit que dans un cœur pur, dans un cœur devenu semblable au cœur de Dieu.

C'est la raison pour laquelle un cœur vraiment pur peut garder un silence complet, même lorsqu'il est plongé dans toutes sortes d'activités, parce qu'il n'y a plus de dissonance entre lui et Dieu. Même si son intelligence et sa sensibilité demeurent en activité, pour être en conformité avec la Volonté de Dieu, le silence authentique continue de régner en ce cœur.

« Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »

Noël 1983

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